Good morning Mada !

Bien souvent, les stages de fac résonnent aux rythmes des photocopieuses et aux odeurs de café froid. Les journées scabreuses qui s’étirent inlassablement dans des bureaux gris et mornes où le bourdonnement de l’ennui s’étend d’un bout à l’autre du couloir est rompu par des quelques consignes. Et puis parfois, il y a des stages qui vous amènent au bout de la terre, qui vous incitent à regarder le monde, se perdre dans son immensité et apprendre à quel point on peut vivre autrement. C’est mon cas, je m’appelle Adrien, je me suis envolé pour Madagascar et voilà mon journal de bord.

Vendredi 14 avril.

Départ en train pour Paris où je vais passer la nuit.
Je profite de ce moment dans le train pour faire le point sur les connaissances que j’ai entassées dans un coin de ma tête à propos du pays qui va devenir le mien pour 3 mois : Madagascar. On l’appelle la grande île. Elle s’est détachée de l’Afrique il y a 250 millions d’années. Légèrement plus grande que la France et comptant 22 millions de Malgaches, le pays fait rêver c’est une certitude. En plus de disposer d’une biodiversité incroyable, la grande île regorge de paysages à couper le souffle : de l’allée des baobabs en passant par les plages paradisiaques de Nosy Be. Mais ces paysages ne sont qu’un léger voile cachant l’extrême pauvreté.  Selon les classements, Madagascar est considéré comme le cinquième pays le plus pauvre au monde. Son IDH ne fait guère mieux. Le pays stagne et accuse un énorme retard de développement.

Il tire majoritairement ses maigres recettes d’une agriculture très archaïque basée sur la culture du riz et l’élevage de zébus. Pour autant, le pays dispose d’une multitude de ressources exploitables : la vanille, les minerais… Mais comme on me l’a appris à l’université, les ressources s’accompagnent souvent d’une malédiction.
Les crises politiques, économiques et sociales se suivent, se ressemblent et ne font qu’accentuer le retard de développement de l’île.

Madagascar fait parti des nombreux plans internationaux de développement des grandes institutions internationales mais la lassitude commence à se faire sentir. Les subventions sont souvent détournées et mal allouées.
Mais « Mada » a d’énormes potentialités d’investissement pour les étrangers.

Les IDE sont monnaies courantes et l’île peut compter sur ses nombreux partenaires économiques : la France, le Canada, la Chine… Même si il est vrai que Madagascar a peu de chance concernant les conditions climatiques, puisque chaque année l’île est frappée par des cyclones dévastateurs, un développement correct est possible.

Le rendez-vous est pris. Mon arrivée est prévue pour le samedi 15 avril à 23h. L’excitation l’emporte largement sur le stress : j’ai hâte de découvrir mon nouveau pays d’adoption !

Samedi 15 Avril.

Après une courte nuit à l’hôtel, c’est parti pour 11 heures d’avion… Je quitte le sol Français à 11 heures 10. Le voyage est long, très long. J’en profite pour me dégourdir les jambes très souvent et regarder les paysages depuis le hublot.

À 22 heures 30, avec une avance de 30 minutes, les roues de l’avion se pose sur le tarmac Malgache. Bonjour Madagascar. Comme dans tous les pays peu développés par lesquels je suis passé, j’ai passé une éternité aux controles douaniers, près de deux heures. Le contrôle enfin passé vient ensuite l’épreuve des bagages. Il y a toujours cette appréhension de ne pas avoir ses bagages. Malgré tout, je suis chanceux et je récupère mes valises.

Dans le même temps j’en profite pour acheter directement à l’aéroport une carte sim avec quelques données d’internet mobile. 3 giga m’auront couté l’équivalent de 15 euros, une fortune pour le pays. A peine sorti pour trouver le chauffeur que l’ambassade m’a envoyé, de nombreux porteurs et enfants me demandent de l’argent, mais sans aucune agressivité. J’ai déjà un léger aperçu de la pauvreté…

Le chauffeur m’aide à charger mes affaires dans son 4×4 qui détonnent au milieu de toutes ces vieilles voitures françaises des années 70.

Nous prenons la route direction l’appartement que j’avais loué avant mon départ. Durant le trajet je comprends mieux pourquoi on m’a vivement déconseillé de ne pas sortir seul la nuit. J’aperçois un groupe de jeunes en plein milieu de la route, machette à la main.

Je me couche tardivement, pressé d’entamer ma première journée en tant que « Vazaha ».

Dimanche 16 avril.

Réveil compliqué, à 9 heures 30. Il a fait froid durant la nuit.

La vue depuis mon balcon est incroyable. La ville à l’air très étendue mais je sens tout de même un certain délabrement. En ce qui concerne le climat, il fait assez humide et aux alentours de 25 degrés pour le moment.

A 11 heures, j’entreprends timidement une sortie dans la rue. Je suis impressionné par ce monde nouveau. La rue est très vivante avec ses nombreux bouibouis, des églises et  beaucoup de véhicules. Exit les trottoirs, ici il faut slalomer entre les passants, les véhicules garés et ceux qui tentent d’avancer. Une vraie épreuve de Koh-Lanta, facilement passée.  Durant cette première heure, je cherche un distributeur automatique. Pas rassuré à l’idée de retirer de l’argent en pleine rue, mais bon, puisqu’il faut s’y faire, je retire 100.000 premiers Ariary (à prononcer Ariare) à la banque centrale de Madagascar.

F

Il est déjà midi, l’heure pour moi de manger. Je suis les conseils du propriétaire de mon appartement, et je rejoins le restaurant « Sakamanga ». Les serveurs sont très souriants. Bon, il est vrai que le restaurant n’est pas le premier bouiboui venu et qu’il ressemble plus à un repère d’occidentaux. Mais qu’importe, je me risque à prendre une spécialité locale accompagnée d’une bouteille d’eau et d’un coca. Mon plat est simple mais délicieux : poulet et porc accompagnés de riz. Pour finir mon repas, j’opte pour une assiette de fruits. En tout, le repas m’aura couté 6 euros. C’est en fait assez cher parce qu’on peut trouver la même chose dans un restaurant un peu moins clinquant pour 3 ou 4 euros.

Je continue la visite du quartier et je m’aventure un peu plus loin. Les bonjours accompagnés d’un grand sourire des Malgaches sont très récurrents et me font très plaisir. Je reste tout de même prudent mais je suis de plus en plus à l’aise.

Je continue de marcher et c’est à ce moment que j’entends une voix juvénile prononçant le mot « biscuit ». Un jeune malgache d’environ 3 ans me demandait un biscuit. Il était accompagné de sa jeune sœur. Aucune agressivité seulement une profonde tristesse. J’ai devant moi, la jeunesse sacrifiée et sans avenir de Madagascar qui me regarde de ses yeux doux.

Le choc. La pauvreté est partout, à tous les coins de rue. Je ne reste pas insensible à cette pauvreté et je reste sous le choc quand je vois cette jeune fillette buvant l’eau croupie de la route. Enormément de malgache n’ont même pas de quoi s’acheter des chaussures et moi je suis ici avec mes biscuits ne sachant que faire.

Mais, je n’ai eu affaire à aucune agressivité. J’ai seulement ressenti un profond désarroi et un  mal-être de personnes laissées pour compte.

Je rentre à la maison, déboussolé et attristé par cette vision . Antananarivo (prononcé Antananarive) est très vallonné et les nombreuses Renault 4L faisant office de taxi sont à la peine dans les montées. Mes poumons en prennent également un coup car les véhicules sont très polluants et je slalome entre eux.

Cette première journée n’aura pas été de tout repos c’est sûr. Mais elle m’aura donné un très bel aperçu avec des Malgaches très gentils et surtout très souriants.

Épisode II.

L’aventure continue

Premier mois sans encombres. J’aime de plus en plus ce pays, je m’y sens bien et celui-ci me le rend bien.Bon, par contre, j’en oublierais presque le « pourquoi » de ma venue à Mada. Si je suis là pour trois mois c’est pour mon stage au Service Economique de l’ambassade de France. En d’autres termes, je représente la diplomatie économique.

Premier pas dans la diplomatie Française le mardi 18 avril. L’ambassade, tout de blanc vêtu, trône au milieu de la rue (lalana) Jean Jaures. On ne peut pas la louper !  Elle, qui dispose aussi d’un consulat qui est surveillé en permanence par des gendarmes français et des militaires Malgaches ; une petite forteresse quoi.

Le stage en lui-même est génial et petit plus, j’ai la chance d’etre considéré comme un chargé d’études à par entière. J’ai à ma disposition un chauffeur et des cartes de visite pour mener à bien ma mission sur la connectivité extérieure de la Grande Île.

Après un mois, déjà, je me suis totalement acclimaté aux codes de la diplomatie… Entre les cocktails, les réunions et rencontres qui rythment mes journées. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer et mine de rien mon rapport prend forme.

« Antsirabe »

Cette année, on est chanceux, la plus part des jours féries tombent un vendredi. Merci pour les week-end prolongés.  Je profite donc du week-end du 1er mai pour m’éloigner de Tana et rejoindre la ville d’Antsirabe. Après un voyage de plus de trois heures, entre les rizières, pour quelque deux cents kilomètres, j’arrive à destination. Ouais, pour se déplacer à Mada, c’est la galère !

Troisième plus grande ville du pays, Antsirabe est beaucoup plus verdoyante et surtout moins bruyante que la capitale Malgache. Mes poumons et mes oreilles vont pouvoir se reposer.

C’est la troisième ville du pays et là-bas, pas de taxi, pas un seul. Le seul moyen pour se déplacer dans cet espace très étendu, c’est le « ToukTouk ». Il en existe deux types, celui où votre chauffeur pédale (une sorte de gros vélo avec un siège) ou ceux tractés directement par votre chauffeur, pieds nus.

Je n’ai pas voulu monter à bord d’un touktouk tracté par un homme pied nu, les scènes sont choquantes, les hommes sont à bout de forces, exténués et tout ça pour quelques ariary qui partiront dans leur repas du soir.

J’ai l’impression de revenir deux cents ans plus tôt. Comment cela peut-il encore exister alors qu’à l’autre bout du globe les voitures slaloment avec leur pilotage automatique. Je suis choqué de ces écarts de richesses et de technologies qui s’étirent à mesure qu’on parcours la terre.

Antsirabe aura été un déclic pour ce séjour. Pendant que certaines fortunes gagnent jusqu’à 6 fois le PIB de Madagascar, la faim se creuse partout ailleurs.

Durant ce séjour j’ai aussi visité la région des lacs d’Antsirabe. Je loue pour la journée un taxi et un guide pour la quelque 40€. Après une heure et demi de piste chaotique, j’arrive au premier lac, le lac Tritriva (à prononcer tchitchiva et non tchikita…). Il est chargé d’histoire et d’anecdotes en tout genre que me raconte sans détour mon guide local. Le lac est splendide et offre une vue imprenable sur toute la région.

Malheureusement, c’est un lieu très funeste, de nombreuses personnes mettent fin à leur jour ici.

Le deuxième lac est fréquenté majoritairement par les familles d’Antsirabe et offre de nombreuses activités dont notamment des « shows » de tauromachie.  Ce lac est également le repère de vestige de la période coloniale. J’ai pu ainsi voir des piscines, des toboggans et des attractions construites par les Français durant cette période.

 

« Le marché local de Tana »

 

Quoi de mieux que de visiter le marché local pour ressentir toute l’authenticité d’un lieu ?

Le marché est immense et se passe en plein air. J’essaye tant bien que mal de me faufiler entre les allées que forment les exposants. La tâche est très périlleuse et je dois faire d’autant plus attention que le marché est situé non loin d’un repère de pickpockets.

Les exposants et les clients se comptent par millier. On se sent comme dans une fourmilière grandeur nature. Je me prends vite au jeu et dégaine mon appareil photo pour immortaliser l’instant. Les malgaches ne sont pas retissants, à ma grande surprise, et me laissent les prendre en photo.

Sur le marché je suis accosté par quelques enfants qui me gentiment une pièce pour manger. Je suis également abordé par une vendeuse de Vanille qui me confie, après mon refus, que les temps sont durs pour eux. Les malgaches souffrent cruellement du manque de touristes et n’arrivent rien à vendre. Avant de partir, cette pauvre dame me supplie d’acheter du lait en poudre pour son enfant. Même ça, du simple lait, la population n’y a pas accès. La situation est dramatique et la crise sanitaire s’apprête à irradier l’île entière.

Sur le marché, ce n’est pas le choix qui manque. On a d’un côté le secteur maraicher  et de l’autre coté la viande.

Les fruits et les légumes abondent, et sont plutôt bons marchés pour la population pauvre. Je croise sur ma route régiment de banane, manioc, poireaux et carottes en tout genre. Je ne suis pas trop dépaysé car on retrouve la plus part de ces produits sur nos marchés français.

En revanche, du côté des bouchers et poissonniers la situation se corse. En plus de devoir respirer une très forte odeur de putréfaction je dois faire attention où je marche car les allées sont jonchées de restes et de sang des animaux. On est bien loin de nos standards, trop aseptisés, occidentaux. Au diable la chaîne du froid, ici on expose sa viande à même le comptoir.

Pour chasser les milliers de mouches les bouchers secouent une sorte de plumeau au dessus des viandes. J’avoue qu’elle ne me semble pas fraîche et l’odeur m’a convaincu de m’en éloigner. Je ne tenterai pas la diable.

Ce marché m’aura au moins persuadé d’une chose. Nous, européens et occidentaux, nous sommes perdus. Perdus à vouloir tout aseptiser, perdus entre nos dates de péremption. C’est décidé ! Je ferais encore plus gaffe au gaspillage alimentaire.

Adrien Goulefer.

Photos.
Image d'en-tête, François Preschez. 
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