L’abstraction du réel

Ray Metzger, biberonné à l’avant-garde européenne mais assoiffé de nouveauté, est l’un des photographes de génie qu’a porté l’Amérique. Au fil des mystère de l’ombre et des blessures du soleil, il a construit une oeuvre historique dont l’héritage coule en de nombreux courants d’artistes. Celui qui fait face à l’une de ses photographies sombrera, selon le sentiment que lui procure la vue d’un chef d’oeuvre, dans l’émotion ou dans l’admiration. L’art a cela de génial qu’il pose des questions, il tire et attire vers le pourquoi, le comment, le quoi. Ray Metzger joue. Des lumières, des lignes, des formes, de la profondeur, de nos regards.

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Il naît en 1931 dans la ville de Millwaukee et étudie à l’école de design de Chicago où il reçoit l’enseignement du génial Harry Callahan, maitre de la photographie contemporaine et consacré comme innovateur hors-pair. La rue est la première cible de son objectif, elle, les traces d’humanité qui la noient, l’interaction humaine et l’incroyable malléabilité que sa rudesse ne laissait pourtant pas espérer. L’urbain est bien l’élément constant chez Metzger. Lui et tout ce qui vit en lui, nous. Nous bercés des voix faubouriennes engluées dans des moteurs qui clabaudent, ou seul face à l’immensité froide d’un building. La ville et ses flots de personnes qui se déversent au rythme de ses pulsations.

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Son oeuvre brille par les jeux de lumières. Les faisceaux blancs qui parviennent à perforer le béton et donnent un style graphique si novateur. Ils créent aussi un mouvement dans le temps, celui où on regarde ce qui nous est montré puis celui où on cherchent ce qui se cache. Autant que l’endroit a besoin de l’envers pour être endroit, la lumière a besoin de l’ombre, comme deux soeurs ennemies qui en s’opposant se subliment. Afficher aussi clairement l’évidence ne peut avoir d’autre finalité que la questionner, de fouiller.

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Durant toute sa carrière, Metzker ne s’est pas emmuré dans ses facilités, il n’a eu de cesse d’ouvrir des fenêtres, de tenter des choses nouvelles. Sur le fond comme dans la démarche, l’héritage de Harry Callahan est marquant. Il n’a pas, de son propre aveu, vu le travail de celui qui a été son professeur avant que ne soit déjà entamée sa carrière. Pour autant, la filiation est criante. Y compris donc, dans la volonté jamais rassasiée de réinventer son oeuvre.

Il joue avec ses photographies, peint les lumières, dilue les ombres et fait de la camera obscura de l’argentique sa chambre à jouer. C’est là qu’il restructure sa photo et la fait si élégamment chanter.

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Son oeuvre est présentée à l’exposition « Ray Metzker, Abstractions », jusqu’au 27 mai 2017 à la galerie Les Douches à Paris.

Pierre-Nicolas Baudot.

BibliographieNotes de Lumière, préface de William A. Ewing, 2008
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