Président, chaleur et goutte de sueur

L’année 1960 entame à s’achever quand se clôt le deuxième mandat d’Eisenhower et s’initie la quête de son successeur. Sur les rangs, Richard Nixon, républicain, face à qui, John F. Kennedy. Le premier, vice-président de son état, incarne la continuité dans le sillage des hommes de bureau en costard gris comme le teint, qui ne rient pas mais qui se noient dans les dossiers et nagent dans les mêmes eaux. Nixon se laisse porter par le courant, et mise sur son expérience. Kennedy, démocrate, est un sénateur qui fait relativement peu de vagues. S’il s’est fendu de quelques initiatives législatives, il ne compte pas parmi les grands noms. Mais Kennedy comprend vite. Rapidement, il mesure les failles de Nixon sur lesquelles il devra bâtir sa campagne pour établir sa victoire. Les années soixante naissent aussi quand fleurit la télévision de masse et les défis qui lui incombent. Chemin scabreux pour les uns et voie royale pour les autres. Nixon sera des uns, Kennedy parmi les autres. Ceux qui paraissent s’anonchalir à mesure que les autres s’ébattent. Le débat télévisé qui les opposa changera les paysages politiques, pour quelques gouttes de sueur, un degré de trop et une lame de rasoir mal affutée. 

Richard Nixon est vice-président du pays depuis huit ans, il s’est essaimé à travers le monde, se construisant une expérience massive en politique internationale dont il usera comme d’une arme durant sa campagne. Mais les avantages ont leur travers et la médaille son revers, il traine à sa cheville l’image de l’éternel second comme un bagnard son boulet. Son importante activité à la vice-présidence, qu’on ne connaissait pas aux précédents titulaires de la fonction, l’avait inscrit naturellement en successeur du président dans les esprits républicains. Sa campagne s’établit sur son expérience et se dresse à mesure qu’il sillonne le pays, serre des mains, organise des meetings et imprime sa présence en cultivant le contact personnel avec les électeurs. Dans l’autre camp, John F. Kennedy est un sénateur parmi la masse, fils de riche et frère de complices qui seront d’importants rouages dans la mécanique électorale. Il a le sourire facile et impeccable, le cheveu bien rangé et porte en lui un vent de fraicheur, de nouveauté. Il n’économise pas la monstration de sa jeune et belle famille, qui est le visage d’un lendemain que l’Amérique a hâte de connaitre. Kennedy a parfaitement conscience du créneau laissait vacant par l’image atone de Nixon, avare en éclat. Il oscille entre le dynamisme de sa jeunesse et la maturité de sa vie de père, jeune mais pas inexpérimenté, frai mais pas fragile. On le connait plus pour ses traits de Playboy que pour la force des assertions qu’il énonce au sénat où il n’est pas reconnu comme l’un des talents. Il mesure ses forces et comprend vite qu’il doit endosser le confortable costume d’homme nouveau que les électeurs ont depuis des mois tissé en attendant qu’il soit porté et dans lequel Nixon ne rentrerait pas une côte. Le vice-président alimente à chacun de ses spots de campagne, son image terne. On le voit en costard noir, expulser d’un visage fermé, chaque mot de son discours sans qu’aucun n’éveille une émotion dans un regard d’airain qui ne quitte pas l’objectif. Il dit tout l’expérience qu’il a accumulé et le bien qu’elle ferait au pays, laissant entendre le silence de l’inexpérience de Kennedy. Mais le démocrate aurait fait grave erreur et laissant l’écho de sa faille résonner en ne disant mot, il reprend l’argument de Nixon brandissant son rôle d’éternel second dans un verbe qui traduit les talents d’orateur qui l’accompagneront tout au long de sa campagne. Il en use pour trouver les mots que martèleront les médias à longueur de unes

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Les années soixante résonnent aussi comme l’ère de la télévision de masse, et de troupeaux. Elle éclaire alors quatre-vingts dix pour cent des foyers américains  et ouvre la porte du salon à la politique, qui se déverse dans les maisons en faisant crier les spots de campagne. Elle change considérablement la façon de faire campagne, ouvrant une voie de choix à la manne du jeune Kennedy. Cette même année 1960 est le théâtre du débat entre John F. Kennedy et Richard Nixon. Le premier arrive aux bras de l’aisance qui ne le quitte plus quand le second a aiguisé son discours. Il se défend bien, mais plus que son discours, c’est son image qui compte. Avant le débat, on lui avait demandé s’il voulait être maquillé, ce qu’il refusa ayant entendu Kennedy faire de même. Mais Kennedy revient à peine de vacances, il affiche un teint bronzé qui lui donne l’air en pleine forme quand Nixon, resté cloitré dans ses bureaux, ne peut afficher autre chose qu’une mine pâle. Dans les minutes qui précédaient la prise d’antenne, les deux camps s’étaient écharpés pour manipuler la température du studio, et c’est le clan Kennedy qui l’avait en dernier touché, faisant naitre avec la complicité des projecteurs, la sueur sur le visage de Nixon. Un teint triste tirés par des traits desquels brillent des gouttes de sueur suffit à le faire apparaitre en coupable mal à l’aise qui se coupe avec le tranchant de son malaise. La barbe qui commence à repousser achève le pâle tableau qui s’affichera partout, dans le regard des gens surtout. Avant même qu’il ne déverse le flot de son discours, Nixon est vaincu. Kennedy, décontracté, élégant et plein de confiance n’a qu’à porter la chaleur de son teint. Les auditeurs de radio désignaient Nixon comme vainqueur du débat quand les téléspectateurs n’hésitaient pas à nommer Kennedy. Le clan démocrate avait idéalement saisi l’immense opportunité qu’offrait la télévision qui changerait radicalement l’art de faire de la politique.

Pierre-Nicolas Baudot

Bibliographie. 
Profiles in courage, John Fitzgerald Kennedy, 1956.
Arte, « duel pour la maison blanche. » http://www.arte.tv/guide/fr/065879-000-A/duel-pour-la-maison-blanche
Débat télévisé, TNC, https://www.youtube.com/watch?v=gbrcRKqLSRw

Illustration.
René Magritte.
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