Art éphémère

Philippe Echaroux est le porteur du street art 2.0. C’est de l’art de rue mais qui ne dure pas, qui ne reste pas mais qui marque, éphémère donc précieux, novateur et simplement génial. La photographie a une relation éternelle avec la lumière, parfois conflictuelle, souvent fusionnelle voire tourmentée. Philippe Echaroux en a fait son art. Des projections lumineuses là où les bombes de peinture, les colles ou les toiles habituelles du street art n’auraient su aller. Mais la photo n’est qu’une ultime étape, avant laquelle se construit un travail de construction, la naissance d’un chemin de pensée et d’une piste de réflexion. Avant de diffuser des faisceaux de lumières, les projecteurs diffusent un message, éclairant, forcément.

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Sans doute avez-vous déjà, sans le savoir, vu ses travaux. Philippe Echaroux, au départ, tire des portraits. Faire transpirer l’émotion des visages, raconter les histoires le long des rides que le temps a déposé, et faire penser sans ne rien dire.  Chez lui, la photo est un moyen. Le moyen de dire. De se rapprocher, de suggérer et de faire réfléchir, de l’aveux d’un «peintre frustré».

« La photo c’est un bon moyen d’expression, c’est ma façon de dessiner, de peindre. L’intérêt c’est le message. C’est juste que l’outil photo me permet de le faire passer. Quasiment tout le travail, c’est qu’est-ce que j’ai envie de dire et comment, comment le dire avec assez de finesse, la photo c’est le dernier coup de crayon. »

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Il y a un message dans le visage formé d’une lumière sur un arbre ou d’un mot projeté sur un mur, il y en a un dans tout ce qui est autour, et dans l’idée même de le projeter. Cette nouvelle forme de street art, c’est, pour son créateur, une façon de faire partager l’art à tous et à n’importe qui de ceux qui marchent dans la rue. C’est aussi ne pas laisser de traces mais marquer après s’est effacé. Il drape la ville comme la forêt d’une toile où peint la lumière.

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Après avoir éclairé Marseille de ses visages, il a éclairé Barcelone et surtout Cuba.

« Avant de partir, j’avais mon projet en tête. Pour moi, l’ouverture de Cuba symbolisait l’arrivée des Américains qui allaient planter leur drapeau et disperser leurs fast-foods sur le territoire. Je voulais défendre la veuve et l’orphelin cubains contre le méchant américain quoi. Mais après vingt-quatre heures sur place, je me suis rendu compte que j’avais fantasmé tout ça, la réalité est toute autre. Il y a un vrai problème de liberté d’expression, et c’est ça que j’ai décidé de traiter. »

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Au coeur de l’Amérique du Sud, verdoie la vitale Amazonie. Ses arbres dressés, épais par instant, abritent des peuples épargnés par les mouvements masses de la mondialisation qui s’insinuent dans chaque interstice de nos temps. À mesure que tombent ses arbres, l’Amazonie perd des instants de vie et ses peuplades, prises au piège, hurlent dans un feuillage trop fin pour résister aux monstres de fer des exploitants mais pas assez épais pour laisser leurs cris se déverser sur la place publique.

Philippe Echaroux leur donne la lumière de ses projecteurs. Il éclaire les arbres de leur visage, comme pour marquer leur présence, au pied des arbres mais aussi en chacun d’eux comme les partenaires de l’histoire de la forêt.

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Les photographies de ses travaux en Amazonie seront exposées à la galerie Taglialatella, à Paris, du 10 novembre au 15 décembre.

Pierre-Nicolas Baudot

Illustrations.
Philippe Echaroux, http://philippe-echaroux.com

Bibliographie.
Extrait de l'interview, https://www.youtube.com/watch?v=MPEiHfg4tt8

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