L’affront populaire

Billet d’humeur. 

Où est passé le jovial roucouleur qui avait su, jadis, faire miroiter dans les yeux alors mi-clos des socialistes, la promesse d’un jour nouveau qui se voulait la rupture d’une veille morose. Lui qui promettait de soulager nos gueules de bois d’une main de maitre et d’une plume de gauche. Lui qui jurait d’enfin faire rire nos lendemains qui déchantent. Lui qui n’avait eu aucune peine à conquérir les plus grandes colères, nées du mandat passé, qui crachaient sur la tombe de l’UMP et déposaient une gerbe sur celle de son homme de tête. Mais lui aussi qui avait séduit les indécis et raviver leurs espoirs alors froids comme un hiver de Pologne en culotte-courtes. Il n’a échappé à personne que le plus haut sommet de l’État, secoué par le vent violent de l’histoire qui s’écrit et le gouffre qui le sépare du plancher des êtres, titube depuis des mois. Je vous épargnerai les truismes boursouflés de banalités mal écrites qui consisteraient à déverser un flot continu de reproches dont chaque postillon ne serait qu’une déception de plus. Je laisse aux spécialistes affamés le soin d’user leurs longues dents sur le bilan d’un quinquennat qui traine durement ses guêtres jusqu’à son dernier printemps. François Hollande a franchi un pas supplémentaire. Il a réussi à être son propre obstacle et celui d’un parti qui désormais le lâche. 

D’abord, il s’était splendidement mutilé en trois temps. Il bafouillait sur la déchéance de nationalité, pensant être porté par le vent des temps qui en ce sanglant automne hurlait à la sécurité pour être finalement déboussolé par des soutiens qui s’effritent et une famille politique qui implose. Puis, les beaux jours lui ont apporté les belles fleurs de la réforme qui sentent la loi travail et chantent la contestation. Aidé de son fidèle chef de gouvernement, il est passé en force plaidant l’intérêt général et récoltant la colère de sa gauche sans obtenir, bien-sûr, l’approbation de sa droite. Tout ça augurant de bien belles choses, son gouvernement s’est offert le luxe de s’embourber dans une vague histoire de textile trop long ou pas assez court qui occupaient plus les unes des journaux que les autres des plages. Ces choses qui feraient jurer aux plus irrités de l’occire et aux autres de le chasser de l’Élysée qui l’abrite à grand coup de muscles plantaires dans les muscles fessiers.

Ensuite, sa politique finissait de chanceler pour tomber à terre quand il fut pénétré intimement d’une intarissable envie d’en finir et de se laisser aller un instant à un sommeil éternel. Un suicide en place publique. « Il est urgent de ne pas être prudent. Vous vous cassez la gueule et puis quoi ? On n’en meurt pas de se casser la gueule. On ne meurt pas d’humiliation. Un homme normal rêve de foutre le camp », disait Brel, sans doute trop écouté. Quoi d’autre pour expliquer le livre. Le fameux. Celui dont on n’a même pas besoin de prononcer le nom. Quoi d’autre qu’une envie de se voir partir pour l’expliquer ?  Une subite incontinence de pensée si incontrôlable qu’elle l’empêcherait de retenir ses mots comme d’autres autre chose ? La réponse à cette question en amènerait alors une autre. Est-il possible qu’un incontinent moral dirige notre état et mène nos combats ? Comment d’ailleurs l’avons-nous laissé user son acrasie sur le banc vermoulu de nos espoirs, enivrant notre entendement à le rendre claudiquant. Une attaque frontale, aussi, à ceux qui suaient eau et sang à le défendre au bout d’une rhétorique catarrheuse et d’un discours éternellement enroué et trop vite essoufflé.

Dès lors, ce qui lui restait de sa famille politique l’abandonne alors à sa seule dérive. Comme une mère cesserait de consoler le premier de ses enfants au visage jadis d’un doux poupon et aujourd’hui nervuré par la ride du temps qui l’use. Le président de l’assemblé l’évoque comme un problème d’incarnation, quand ses soutiens se compte aisément sur les doigts de feu Maurice Herzog. Ce qui ne fait pas gras de monde.  On raconte qu’un appel en faveur d’une candidature du président sortant circulerait dans les couloirs de l’assemblé et que sa présentation aurait été repoussée faute de signataires. Alors, la forme de nos questions change. Quand il y a quelques jours encore on se demandait si le président allait se représenter, on débat maintenant sur « doit-il se présenter ? » comme s’il risquait l’indigence et nous l’indigestion. En coulisse déjà on se demande qu’elle serait la candidature de substitution, si Valls doit se lancer ou ne cesser de jurer fidélité. Ou doit-il suivre le chemin de ses camarades émancipés depuis longtemps qui honnissent le président pour se hisser à sa place ? Tout ce tumulte se pose en témoignage de l’errance d’un président qui laisse son gouvernement courir comme un poulet sans tête.

Rien de tout ça, en tous cas, ne nous privera de bouillir de hâte à l’idée de suivre, jusqu’à mai, le haletant affrontement entre une vieille gauche talée et une vieille droite vérolée.

Pierre-Nicolas Baudot.

Illustration. 

Pierre-Nicolas Baudot

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