Une histoire de cinéma

Il est indéniable que le septième art possède a une place prépondérante dans la construction de la culture de notre société. Ah la culture…Un bien vaste mot. Mais de quoi parle-t-on ? C’est avoir vu Star Wars ? C’est avoir lu tous les Le Club des Cinq ? C’est connaître le nom du présentateur historique de la Roue de la fortune ou du gagnant de Secret Story 118 ? C’est un peu tout ça à la fois, et c’est la raison pour laquelle il convient de cerner le sujet, de le spécifier. Le cinéma a la vocation de faire passer des émotions, de véhiculer des messages, de raconter des histoires. Certaines de ces histoires font même partie de la grande Histoire. Liste non-exhaustive. 

Voici quelques-uns des films, racontant des petites histoires dans la Grande Histoire, ou portant directement sur une partie de la Grande Histoire, qui feront du bien à votre culture.

Argo,  Ben Affleck, 2012.

Argo conte l’histoire d’un sauvetage par la CIA d’une prise d’otage de ressortissants américains en 1979 en Iran. Coincés dans l’ambassade du Canada, la CIA créé une fumeuse histoire de film de science-fiction à tourner pour exfiltrer ces diplomates américains. A travers cette histoire souvent drôle, car tournée avec grand talent et maîtrise parfaite du ton qui oscille entre second degré (merci John Goodman et Alan Arkin) et gravité de la situation (merci Ben Affleck), Argo nous parle aussi d’une époque qu’on voit assez peu au cinéma occidental, l’Iran dans les années 80. Le soin du détail et quelques scènes éparses sont tout aussi édifiantes qu’un documentaire sur le sujet.

La liste de Schindler, Steven Spielberg, 1993

Comment le magnat industriel Oskar Schindler a réussi pendant la seconde guerre mondiale à sauver 1100 juifs des camps de concentration. A travers Schindler, c’est toute la déportation nazie que tente de raconter Spielberg, surtout dans les scènes avec Ben Kingsley dans le camp d’extermination. Sans jamais tomber dans le ridicule, Steven Spielberg y livre son dernier grand film. C’est l’exemple le plus basique de petite histoire dans la grande et pourtant, c’est un des plus réussis.

La vie des autres,  Florian Henckel von Donnersmarck, 2006.

La vie dans Berlin Est post seconde guerre mondiale : quand ton voisin est à la Stasi. Le ministre de la culture est-allemand charge un capitaine de la Stasi (police d’état de l’ex RDA) de surveiller son voisin de palier (au capitaine). Cette surveillance a pour but de compromettre le voisin (un dramaturge) car le ministre de la culture est amoureux de la compagne du dramaturge. Au-delà de l’histoire entre-mêlée ici (qui ne sera pas détaillée pour laisser un peu de plaisir à voir ce très beau film, oscarisé), l’intérêt porte sur le fonctionnement de ce régime autoritaire, les méthodes employées et l’opposition latente avec la RFA. Probablement le meilleur film traitant de ce pan de notre Histoire.

Everybody Wants Some, Richard Linklater, 2015.

Cela peut sembler un peu exagéré mais oui, Everybody Wants Some et Dazed and Confused sont des films historiques, à leur propre sens. En effet, à travers un week-end (celui avant la rentrée dans EWS, le dernier jour d’école dans DaC), Richard Linklater nous explique l’Amérique profonde dans les années 70s, une sorte de capsule temporelle où on parvient à rentrer dans le subconscient des jeunes de cette époque. Par des scènes qui peuvent sembler superflue, Linklater nous plonge dans une époque pendant 2 heures durant. Car l’Histoire, ce ne sont pas seulement des hauts-lieux. C’est aussi la vie dans les années 70s, dans les années 80s, des moments où il fallait juste vivre avec son temps, fondements d’une culture qui a évolué pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Coming Home, Zhang Yimou, 2014.

Zhang Yimou conte l’histoire, très minimaliste, d’une femme qui attend le retour de son mari des camps de travail pendant la Révolution Culturelle. Sauf que lorsque son mari revient, sa femme ne le reconnaît pas et ce dernier s’échine à la reconquérir. Ce qui aurait pu être une bluette insupportable est en fait une représentation de la Chine pendant cette période de troubles où les pires atrocités étaient commises par les gens les plus proches de soi-même. Cette période dont on parle peu en France où la Chine a gâché toute une génération, quelques années après le Grand Bond en Avant. Et Coming Home en est une parfaite représentation.

Mais alors on peut se demander : qu’est-ce que l’Histoire au cinéma ? A part Intolérance de D.W. Griffiths, tout est alors une petite histoire dans la grande ? Même La Ligne Rouge ne raconte pas la seconde guerre mondiale mais juste le conflit de Guadalcanal. A cela, nous vous proposons ces films qui, s’ils ne sont pas exhaustifs sur ce qu’ils représentent, tentent de raconter l’Histoire frontalement et ont une vocation éducative.

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La Cité de Dieu, Fernando Meirelles et Katia Lund, 2002

L’apogée du règne de la drogue et de la violence dans les Favelas du Brésil. A travers la vie d’un jeune garçon et de sa famille, La Cité de Dieu montre l’évolution des favelas dans un Brésil en expansion.

Blow, Ted Demme, 2001

L’apparition de la drogue (cocaïne) aux États-Unis. Evidemment, un tel sujet laisse dans un premier temps perplexe quant à sa place dans la catégorie Histoire. Cependant, il serait naïf de croire que la drogue, et encore plus la cocaïne, n’ont joué aucun rôle dans les décisions, les actes qui ont contribué à faire ce monde. Ce film raconte comment la poudre blanche est arrivée aux États-Unis et comment elle s’y est rapidement imposée.

La mémoire de nos pères / les lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood, 2006.

Un conflit armé (prise de l’île d’Iwo Jima par les Américains aux Japonais pendant la seconde guerre mondiale) vu selon les perspectives des deux camps protagonistes. Ce qui le met dans le deuxième groupe est sa double perspective, justement. Au lieu de ne raconter qu’une histoire du conflit, surtout dans sa première partie, époustouflante surtout quand elle s’éloigne des combats pour parler des retombées sociales dans les États-Unis post seconde guerre mondiale, le diptyque d’Eastwood tente d’être exhaustif dans sa présentation de la bataille d’Iwo Jima, en épousant les deux camps. Rare et très réussi, Eastwood a encore réussi son pari. Marche aussi avec Invictus, qui raconte de manière passionnante la Coupe du Monde de Rugby 1995, avec tout ce que ça entraîne : fin de l’apartheid, Mandela, victoire historique et Matt Damon qui s’y fait enguirlander par un arbitre après un mauvais coup donné dans un maul (Damon y est tellement crédible, on dirait Richie McCaw après un hors-jeu).

Les Trois Royaumes, John Woo, 2008.

 Comment parler d’Histoire au cinéma en parlant si peu de cinéma chinois ou hongkongais, qui aime particulièrement raconter son Histoire, avec ou sans exagération et personnages over-héroïques (Comme Yip Man, Wong Fei Hong et tout autre film historique avec Jet Li, Donnie Yen, Jackie Chan… On excepte Bodyguards & Assassins, non seulement parce que c’est incroyable, mais aussi parce qu’on a choisi Les Trois Royaumes)… Les Trois Royaumes n’est probablement pas totalement véridique, mais qui peut l’être sur cette histoire de fondation de la Chine ? Expliquant cependant qu’à peu près 50% du film est réellement factuel, John Woo parvient à nous expliquer ce morceau d’histoire malgré la durée de 4h30 et la quarantaine de personnages qui passent et trépassent dans le film. Sachant que le matériau originel était aussi particulièrement romancé, le film se rapproche donc énormément de la tradition chinoise pour raconter son Histoire. Et c’est un très grand film. Que demande le peuple ? (pour expliciter le rapport de la Chine à son histoire, je vous conseille d’ailleurs l’exceptionnelle Bataille de la Montagne du Tigre, qui, à travers un film de guerre méga bourrin, pose une véritable réflexion sur la perception de l’Histoire, justement).

Parkland,  Peter Landesman, 2013.

Comme tous les films écrits ou réalisés par Peter Landesman, on est ici dans l’Histoire la plus pure, avec des casting cinq étoiles, une reconstruction à la limite de l’orfèvrerie et un exercice de style qui peut sembler vain pour certains mais peut aussi être passionnant. Parkland conte ce qui s’est déroulé juste après l’assassinat de JFK, minute par minute. Edifiant, non ?

Pour aller plus loin :
– 42 : le premier joueur de baseball noir de la Major League Baseball
– Le Stratège : l’apparition des statistiques dans le sport
– Primo Levi « Si c’est un homme » : la vie dans les camps de concentration

Bastien Michel et Camille Laurence.

Illustration : 
Damien Paccalin
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