Europe, fille d’Agénor

L’Europe tourne dans toutes les bouches. On y voit un vieux continent à l’histoire millénaire où le cours des âges a mêlé les cultures et les civilisations. Elle résonne aussi depuis quelques décennies comme une union politique et économique que la postérité pourrait voir s’effondrer. Si son histoire est tumultueuse et que son avenir pourrait s’écrire en pointillés, l’Europe peut se targuer d’être omniprésente. Mais d’où vient ce nom qui se balade de bouche en bouche si souvent ? Les théories se heurtent quelque peu mais beaucoup s’accordent pour désigner la Grèce comme berceau de son appellation. 

L’Europe de laquelle est né le nom que l’on utilise aujourd’hui est, dans la mythologie Grecque, une princesse de Phénicie (l’actuel Liban). Son père, Agénor est roi de Tyr où elle naquit. Son enlèvement sur la plage de sa terre natale formera sa légende.

Dans l’une des nuits de Phénicie, alors qu’Europe dort à l’étage de la maison familiale, un songe la fait se dresser dans l’obscurité. Dans son poème, Moschos dessine là la première évocation d’Europe liée à l’espace géographique. Après l’avoir tirée de son réveil, deux terres se disputent à son sujet, l’une avec les traits d’une étrangère l’autre d’une fille du pays. Deux femmes-continents, l’Europe et l’Asie qui tentent de l’arracher. Un songe qui est l’intervention d’une divinité apparaissant comme une prédilection. Ce songe n’est intégré dans le mythe qu’à partir du Ve siècle en Grèce. C’est à ce moment que les Perses tentent d’envahir le pays, sans succès. Dès lors, la Grèce se pose en ennemie de l’Asie et donne du poids au schisme géographique entre Asie et Europe.

Zeus est un habitué des amours avec les mortels bien qu’ayant séduit toutes les déesses, sauf ses filles, il succombe aux femmes des hommes chez qui il trouve une beauté immense sublimée par l’éphémérité des mortels. Souvent, Zeus se métamorphose pour exalter l’adoration de ses conquêtes lorsqu’il prend le temps de la séduction évitant ainsi un viol dont il est pourtant coutumier. Dans le mythe d’Europe, Zeus prend la forme d’un taureau aux cornes d’or en forme de croissants de lune qui, arrivant sur la plage où Europe joue, l’effraie tout d’abord. Sans se pâmer ni même fuir, Europe fini par s’approcher de la majestueuse bête qui, couverte d’un pelage blanc, l’attire sans qu’elle ne puisse présager l’avenir comminatoire qui s’annonçait alors. Un schéma déjà entendu dans la mythologie grecque, celui de l’innocence d’une jeune fille en fleurs qui succombe au dieu, comme dans le mythe de Démeter. Walter Burkett l’appellera la « tragédie de la jeune fille ».
Elle et ses compagnes le couvre de fleurs et de caresses, jusqu’à s’assoir sur son dos. Il se redresse alors, s’enfonce dans les flots, bat la houle et leurs pérégrinations les mènent jusqu’à un platane de Crète au pied du quel Zeus, devenu homme, enfante, sous la contrainte, Europe. Trois fils naissent de cette union, parmi lesquels Minos devenu roi de Crète.
Les frères d’Europe partent à sa recherche, envoyés par leur père qui n’accepterait de ne les revoir qu’avec leur sœur au bras. Les recherches demeureront vaines pour l’éternité et ils s’éparpillent alors à travers la Grèce donnant naissance à diverses villes. Cadmos, qui fonde la légendaire Thèbes et Phénix qui s’en ira en Phénicie.

Mais, quel lien existe-t-il entre Europe et le continent qui porte son (?) nom ? Surtout quand on sait qu’Europe n’a voyagé que de Phénicie en Crète et n’a jamais posé pied en Grèce ni ailleurs sur le vieux continent. Pour tenter de trouver une première réponse, nous nous tournons vers les racines du mot Europe. L’origine grecque le compose d’ « eurus » qui signifie « large » et de « ôpè » qui est lié à l’oeil et plus largement au regard. Littéralement donc, une fille au regard large, profond. Une étymologie qu’on peine à relier à notre continent, pourtant Luc Ferry la décrypte ainsi : « Europe, c’était la fille aux grands yeux. Dès l’origine, c’est le continent qui voit en grand, ouvert au monde, à l’universalisme, aux découvertes majeures… ». Du côté du Moyen-Orient, les langues sémitiques le forment de « Ereb », le « couchant », et « Assou », le « levant », qui d’est en ouest se rejoignent en Grèce et qui s’arrachaient la belle Europe dans ses songes nocturnes.

Cependant, il existe autant d’interprétation que de mythes et de récits, mais l’avantage que la mythologie a sur l’Europe, est qu’elle est éternelle.

D’après le récit d’Ovide.

Pierre-Nicolas Baudot.

Bibliographie 

Suzanne Saïd, Approches de la mythologie grecque (2008)

Luc Ferry, « l'Innovation destructrice », Ed. Plan. 

« Textes fondateurs », CNDP - CRDP, Académie de Paris

http://www.franceculture.fr/emissions/pas-la-peine-de-crier/europe-15-un-mythe-et-un-nom

Illustration 

Paolo Veronese - Rape of Europa, 1581-1584. Oil on canvas, 245 x 310 cm. Musei Capitolini, Rome

Rembrandt - The Abduction of Europa, 1632. Oil on oak panel, 64.6 × 78.7 cm. Getty Center, Los Angeles. 

Jean-Baptiste Marie Pierre - The Rape of Europa, 1750. 240.4 × 274.4 cm. Dallas Museum of Art, Dallas.

 

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