Disney, un nouvel âge d’or ?

La firme aux grandes oreilles est une des majors américaines. Cependant, comparé à Universal ou Paramount, les films Disney ont toujours un esprit en commun, de par son origine et son mode de fonctionnement. On oscille alors entre les grandes époques et les passages à vide. Aujourd’hui, le studio de Burbank est en pleine forme. Est-ce alors le début d’un nouvel âge d’or pour Disney ?

 

Tout d’abord, revenons sur ce qu’on appelle âge d’or pour Disney. Il y eut deux très grandes périodes chez Walt Disney Pictures, appelées par les spécialistes « Golden Age » et « Renaissance ». Ce n’est pas le sujet ici, donc nous passeront vite dessus.

Le Golden Age s’étend entre le premier long métrage Blanche-Neige et les Sept Nains sorti en 1937 et Le Livre de la Jungle en 1967, 30 ans de production cinématographique, qui ont survécu à la Seconde Guerre Mondiale, qui obligea pourtant la firme à sortir des films omnibus (films à sketches, tels que Les Trois Caballeros (1994), par exemple) de très bonne qualité, et qui se sont arrêtées à la mort de Walt Disney avec Les Aristochats (1967). Travaillant avec une bande assez resserrée (les Old Nine Men, animateurs, et les réalisateurs comme Hamilton Luske, Jack Kinney, Clyde Geronimi ou encore Norman Ferguson), Disney était au toit de l’animation mondiale, avec des films qui sont encore marquants aujourd’hui. Ajoutez-y quelques films en live-action comme l’immense Mary Poppins (1964) de Robert Stevenson, réalisateur avec peu ou prou le même statut que les réalisateurs sus-cités, c’est-à-dire yes man à la solde de Walt Disney et vous avez une production florissante et adorée par la quasi majorité du public.

A la mort de Walt Disney, la boîte connait un coup de mou qui est parfaitement décrit dans le documentaire étourdissant de Don Hahn Waking Sleeping Beauty (2009) et revient en force avec La Petite Sirène (1989), La Belle et la Bête (1991) et bien sûr Le Roi Lion (1994), jusqu’à Tarzan en 1999. Bien évidemment tous ces films ont été couronnés de nominations aux Oscars et de chiffres particulièrement rondelets au box-office. Je ne rentrerai pas dans les détails pour cette période puisqu’il y a déjà un film pour cela et, on ne le répètera jamais assez, il est absolument fabuleux, touchant et furieusement drôle.

les-mondes-de-ralph-13

Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la nouvelle évolution de Disney depuis 2013 et Les Mondes de Ralph. La boîte a alors racheté Marvel fin 2009 et s’apprête à recevoir les dividendes énormes de son achat. Elle a aussi récupéré Pixar en 2006 après de longues négociations houleuses qui date de 2003. En 2013, Disney a donc Marvel et Pixar sous la manche et vient tout juste par un achat surprise pour un public de non-initiés de racheter aussi Star Wars. Tout va bien dans le meilleur des mondes pour une major qui vient pourtant de se prendre quelques taquets dans la tronche comme John Carter (2012) et L’Apprenti Sorcier (2010). Le succès financier est tout de même toujours là, avec des Pirates des Caraïbes 4 (2011) et autres Alice au Pays des Merveilles (2010) qui rapportent plus d’un milliard de dollars chacun au box-office, mais les critiques sont médiocres et le nom de la firme est alors associé comme jamais au mercantilisme, tandis que DreamWorks et Blue Sky fonctionnent tambour battant avec leurs franchises Kung Fu Panda et L’Age de Glace.

En 2013, donc, Disney a replacé John Lasseter, tête pensante de Pixar à la tête de son studio d’animation et enchaîne les tentatives de réhabilitation, couronnées par un succès énorme avec Raiponce en 2010. Mais c’est en 2013 que Disney tente enfin quelque chose de fort, avec le sympathique mais finalement un peu vain Les Mondes de Ralph, où on reste dans les histoires de tolérance et de dépassement de soi chères à Walt Disney, mais avec une nouvelle vision, un style un peu plus adulte et des références à la pop culture beaucoup plus habiles que les concurrents. Or, le film n’est pourtant pas très réussi, surtout dans sa deuxième partie. Suivent alors les live-actions sympathiques Oz the Great and Powerful et The Lone Ranger, qui n’ont laissé un souvenir impérissable à personne. Mais c’est un début sur lequel Disney va s’appuyer. Ils finissent par atteindre le Graal avec La Reine des Neiges fin 2013, qui renoue non seulement avec la tradition Disney pour ce qui est du conte de fées, des princesses et des chansons, tout en optant pour une modernité bienvenue avec des héroïnes fortes, un humour décapant et des enjeux dramatiques réellement intéressants. Résultat des courses : une chanson-titre catchy, connue et reconnue à travers le monde, 1,2 milliards de dollars au box-office et un succès critique. Disney délivre ensuite un de ses projets les plus ambitieux, Saving Mr. Banks, réalise par John Lee Hancock, qui conte les luttes entre P.M. Travers et Walt Disney himself pour réaliser une adaptation de Mary Poppins. Non seulement le film est extrêmement réussi, mais il est en plus très intéressant et original pour la firme, en caractérisant Walt Disney pour la première fois au cinéma, par Tom Hanks. C’est bien évidemment un succès critique et public. Maleficent, sorti peu après, lance la série des films inspirés de leurs dessins animés légendaires, comme Cendrillon l’année dernière par Sir Kenneth Branagh, excusez du peu (presque aussi bon que le dessin animé) et le futur Livre de la Jungle.

Mais depuis 2014, Disney se surpasse encore plus et enchaîne chef d’œuvre sur chef d’œuvre. Big Hero 6 sort en novembre 2014 aux USA et se trouve être un dessin animé d’une virtuosité sans précédent, où certaines séquences de mise en scène rappellent aux plus grandes heures des meilleurs Marvel, qui coproduit le film. De très loin le meilleur film de super-héros depuis Avengers, Big Hero 6 va connaître une suite sous forme de série TV d’ici quelques mois. Comme d’habitude, c’est un succès critique et public, un film qui montre que Disney peut aussi être encore assez noir dans ses scénarii, où on parle de deuil de manière assez mûre. La même année, la firme sort Into the Woods, une adaptation fabuleuse par Rob Marshall du musical de Stephen Sondheim, pas le plus familial des compositeurs. En effet, voir Disney sortir un film où le Prince de Cendrillon est volage, où des gamins sont ouvertement idiots, où le Loup est totalement pédophile et où la sorcière est probablement la seule personne saine d’esprit, ce n’était pas gagné il y a 10 ans. Or, en 2014, le film sort, récolte 3 nominations aux Oscars, est un joli succès public et relativement bien niveau critique. Into the Woods est probablement la meilleure comédie musicale depuis une bonne dizaine d’année et la preuve qu’un génie comme Sondheim vend au cinéma.

tomorrowland.jpg

En 2015, Disney nous livre un nouveau chef d’œuvre, Tomorrowland, réalisé par le golden boy Brad Bird. Soyons clairs tout de suite, Tomorrowland n’est ni un succès critique ni un succès public. Pourtant, c’est un film dont on devrait encore parler dans 30 ans. Tomorrowland est une plongée dans l’idéalisme béat et pourtant envoûtant qui meut Disney depuis son inception. Rendre le monde meilleur, s’émerveiller devant la vie, inventer des machines, des objets, des concepts, rendre la parole aux rêveurs, voilà ce que raconte le film de Brad Bird, qui en fait une comédie d’anticipation aussi drôle que touchante, aussi fine que spectaculaire, avec quelques passages de surréalisme réjouissant comme cette baston dans la maison d’un George Clooney qui a rarement été aussi bon. Tomorrowland nous fait aussi découvrir Britt Robertson et Raffey Cassidy, deux actrices qui ont un réel potentiel. Mais Tomorrowland se résume par une phrase de George Clooney en plein milieu du film : après avoir montré à Britt Robertson comment rejoindre Tomorrowland, Clooney s’agace après cette dernière qui pose trop de questions et lui assène un cinglant ”Arrête de poser des questions ! Tu peux être émerveillée pour une fois ?”. A travers cette phrase, c’est tout à fait l’esprit Disney qui se retrouve : Disney, c’est la fabrique des rêves, l’émerveillement au prix du réalisme. Et Tomorrowland est exactement l’acmé de cette idée.

Aujourd’hui, Disney prouve encore une fois qu’il est en train d’entrer dans un nouvel âge d’or en repartant sur ce qu’ils savent faire de mieux : les histoires vraies, les histoires édifiantes pour toute la famille, spectaculaires et classieuses. The Finest Hours est un superbe film de sauvetage avec un Chris Pine qui nous la joue James Stewart tandis que Casey Affleck campe un loup de mer solitaire très crédible. Hormis des CGI de très grande qualité lors des séquences sur la mer, le film aurait pu être un classique du film d’aventure des années 50, quand Disney sortait des 20 000 Lieux sous les mers, par exemple. Malheureusement, le film est un énorme échec public, sans doute à cause de sa date de sortie. The Finest Hours représente aussi un gros changement par rapport aux films catastrophes d’aujourd’hui, qui n’ont plus aucun rapport quant à la vie humaine. Quand on se retrouve devant San Andreas ou Into the Storm (sans retirer à ces deux films leurs qualités), on paye pour avaler son pop corn devant des figurants qui se font écraser par des parpaings par paquets de douze ou pour voir Jeremy Sumpter se faire avaler par une tornade enflammée. La mise à mort de personnages secondaires est devenue un ressort spectaculaire là où The Finest Hours tente de sauver tous ses personnages, même les moins importants, ne serait-ce que par respect pour la vie humaine. C’est très rafraichissant.

Le dernier film Disney en date est un nouveau chef d’œuvre, couronné de succès critique et public pour le coup : Zootopia. Depuis que Pixar et Disney travaillent ensemble, Pixar a toujours sorti les meilleurs films d’animation entre les deux, Disney tentait de suivre, mais même avec d’excellents films comme La Reine des Neiges, Pixar était toujours au-dessus. Avec Zootopia réalisé par Rich Moore et Byron Howard, Disney a probablement dépassé Pixar. Sous couvert d’un message de tolérance et de courage, Zootopia est un dessin animé enchanteur, exceptionnellement bien mis en scène, avec une animation parfaite, des décors incroyablement originaux, un scénario qui en fait le premier film policier animé Disney avec des twists plus efficaces que 75% des thrillers d’aujourd’hui, des gags aussi bien calibrés pour les jeunes comme pour les plus vieux sans pour autant tomber dans la pop culture constamment comme chez les autres boîtes d’animations… Zootopia est une aussi grosse révolution dans le monde de l’animation que Shrek en 2001. Zootopia est aussi parfaitement bien doublé et a le potentiel pour devenir une franchise tant le monde inventé par les scénaristes recèle de choses à découvrir.

Disney enchaîne donc les bons films depuis 3 ans tout en diversifiant son activité et en revenant aux bases de l’idéologie de la boîte. Il faudra cependant faire attention à la suite, car il semblerait que Disney pousse le côté adaptations en live-action de leurs films légendaires un peu loin. Le Livre de la Jungle, Peter & Elliott le Dragon, La Belle et la Bête arrivent. Mais avec Star Wars, Marvel et Pixar dans l’escarcelle, ils peuvent toujours se permettre de perdre de l’argent sur des projets plus ambitieux à la Tomorrowland. A suivre…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s