Comment le foot a aidé la démocratie Bosnienne

Le dimanche 15 Juin 2014 marquait le franchissement d’une marche supplémentaire dans l’histoire tourmentée de la Bosnie-Herzégovine. Quelques années après une naissance douloureuse construite sur l’horreur des conflits, la jeune Bosnie pose ses premiers crampons en coupe du monde. La récompense d’une longue route entamée au milieu des années 90.

Le 21 novembre 1995, les différents politiciens yougoslaves sont réunis à Dayton où ils tentent de mettre fin aux conflits qui sont à l’origine de la mare rouge de sang dans laquelle le pays se noie depuis près de 3 années. Ils prévoient la signature des accords le 14 décembre de la même année, à Paris. Sa naissance à peine planifiée, la Bosnie fait déjà appel au football. Même si le pays n’a pas encore d’existence officielle, la FIFA lui accorde un statut provisoire de façon à ce qu’elle puisse jouer ce qui sera son premier match officiel. Avant cela, il existait déjà les traces d’une équipe nationale, baptisée « association des joueurs de Sarajevo » qui regroupe les quelques talents du pays. Plus tard, en 1993, le Bosnia-Herzegovina Humanitarian Stars associe les différentes gloires des rues bosniennes afin de jouer quelques matchs amicaux. Ce sont ces joueurs qui les premiers participeront à une rencontre internationale avec les coutures nationales sur les épaules. Une rencontre qui ne sera jamais considérée, la Bosnie n’étant pas membre de la FIFA. C’est donc le 30 novembre que pour la première fois l’équipe de Bosnie peut réciter un football qu’elle connaît bien. C’est à Tirana qu’elle retrouve l’Albanie. L’effectif bosnien ne compte alors que 13 joueurs, à peine autant qu’un vulgaire match de district un lendemain de murge. Beaucoup des joyaux nationaux n’ont pas la permission de leurs clubs respectifs d’aller glaner les couleurs bosniennes. Et ce parce que l’opposition prévue contre l’Albanie intervient en dehors des trêves internationales. La plupart des joueurs présents ne rejoueront plus par la suite pour leur sélection mais, ce jour-là, leur présence est bien utile à la nation qui grâce à eux disputera son premier match. Les 13 Bosniens embarquent donc pour les terres Albanaises. Tout juste créée, la sélection bosnienne ne possède même pas de quoi se vêtir sur le pré. Ce sont les joueurs eux-mêmes qui, une heure à peine avant d’embarquer dans l’avion, iront arpenter les allées d’un magasin de sport où ils trouveront maillots et shorts. La bonne dizaine de gaillards aura l’apparence d’une véritable équipe, en réalité une fois le cuire entre les guibolles, elle ne ressemblera pas à grand chose. L’Albanie s’impose 2 à 0 devant plus de 2000 spectateurs mais qu’importe, l’équipe nationale de Bosnie est née.

Le football a pas mal de difficultés à flamboyer entre les pieds bosniens mais l’important est ailleurs. Le ballon n’est qu’un costume pour ses sportifs, le football est secondaire. Les joueurs arrivent aux matchs en voiture et les terrains d’entrainements sont parfois bordés de champ de bataille balafrés par un passé qui hante la région. La principale mission des enfants de Sarajevo est d’offrir à la Bosnie la notoriété qui lui manque. Ainsi la Bosnie sillonne les sentiers d’Europe afin d’y affronter un maximum d’équipe de manière à se faire connaitre, à gagner en exposition, en respect aussi. « On avait une mission surtout diplomatique. Gagner des matchs était important, bien sûr, mais il fallait surtout montrer que notre pays existait, rencontrer d’autres nations, gagner du respect pour la Bosnie. »  disait Mehmed Baždarević à So Foot. La Bosnie doit montrer qu’elle existe, le football est sa meilleure arme. La désastreuse guerre dont elle est sortie a accouché d’une classe politique ravagée par la corruption que la population haïe et qui contraste singulièrement avec une équipe nationale qui sait faire son bonheur.
En 1998, la Bosnie dispute sa première campagne de qualification à la coupe du monde. Dans son groupe, le hasard a choisi de faire le malin et place la nouvelle sélection aux côtés de la Croatie, ex-compatriote. La rencontre se déroulera en terres neutres et apaisées, à Bologne, en octobre 96. Baždarević porte à son bras un brassard qui fait de lui le capitaine. En face, c’est Zvonimir Boban qui a ce rôle. Les deux hommes se connaissent bien, jadis ils luttaient ensemble pour défendre les honneurs yougoslaves sur les terrains. Pendant sept ans ils ont été associés, complices, ce jour-là ils portent un maillot différent. Finalement la Croatie plie son adversaire deux ans avant de s’échouer en demi-finale de coupe du monde. La Bosnie terminera en quatrième position de son groupe et ne sera pas du voyage vers les antres français mais peu importe, la mission diplomatique bosnienne a été remplie.

Plus les années passent et plus le football bosnien s’affine. En 2010 et 2012 ils atteindront les barrages de la coupe du Monde d’abord, de l’Euro ensuite. Les deux fois, elle s’effondre face aux abdos de Cristiano qui emmènera son Portugal jusqu’à l’Afrique du Sud quand les Bosniens retrouveront les plaines du pays. La campagne de qualification, qui les amènera à réciter leur football au Brésil, a fait du pays une nation crainte. Le Liechtenstein, qui se cantonne dans l’amateurisme, se fera rouer de buts par la bande de Pjanic, 8-1. Ils terminent premiers d’un groupe duquel ils seront les seuls à sortir sans embuches. Pour la première fois, la sélection bosnienne humera le parfum d’une coupe du monde. La fin de la première décennie du 21e siècle verra la Bosnie construit une équipe solide de laquelle émergent des talents qui raviront les terrains d’Europe. Pjanic et Dzeko en tête. Le pays a réussi à accomplir la mission démocratique en offrant l’exposition qu’il fallait à une nation qui s’affiche grâce à la vitrine que lui offrent les pieds de ses athlètes. Le football est au centre de l’avenir de l’équipe nationale qui en accédant aux terres brésiliennes laisse la politique derrière elle. Ce 15 juin, l’histoire sportive de la Bosnien a écrit la plus belle de ses lignes. Face à l’Argentine, pour ce premier match, l’impact de la défaite (1-2) ne durera qu’un temps, l’histoire retiendra le sommet atteint grâce à 20 ans de construction.

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