Google nous donne une leçon en lobbying

Photo AntoineLe lobbying ? Une notion vague pour certains, une véritable matière pour d’autres. Les altermondialistes n’auront de cesse de vous répéter qu’il est en tout cas le premier responsable des difficultés qu’éprouve notre système politique démocratique. Freed a étudié son fonctionnement et vous montre comment Google a su en tirer profit.

Comprendre le rôle réel des sociétés de lobbying

Le premier rôle du lobbyiste est de faire modifier les lois, les normes et les règlements en vigueur (ou sur le point d’être adoptés) qui pourraient nuire à la santé économique ou à l’image de son employeur ; le plus souvent une grande entreprise, un syndicat ou une ONG.

Les lobbyistes doivent avoir connaissance le plus tôt possible des actes juridiques et des décisions publiques qui risquent de perturber l’activité des acteurs qu’ils représentent. Ils doivent alors faire connaître leur point de vue et convaincre leurs interlocuteurs que celui-ci doit être pris en considération. Néanmoins, ils se retrouvent généralement confrontés à la difficulté d’obtenir des informations fiables. En échange d’informations sur les dossiers en cours, les lobbyistes garantissent aux pouvoirs publics de leur apporter des éléments d’informations techniques qui enrichissent la réflexion et qui se révèlent être indispensables au montage des dossiers. Cela garantit notamment que le travail du lobbyiste ne va pas uniquement dans l’intérêt de la personne morale de droit privé qu’il représente mais qu’il va aussi dans le sens de l’intérêt général, condition sine qua non pour convaincre les pouvoirs publics de modifier les actes administratifs.

Le lobbyiste va ainsi travailler avec une multitude d’acteurs détenteurs ou non de la décision publique mais qui vont néanmoins pouvoir l’influencer plus ou moins directement.

La majeure partie de leur activité se concentre sur les organisations institutionnelles qui sont détentrices de la décision publique. En travaillant avec l’exécutif (les cabinets ministériels, le secrétariat général du gouvernement), les lobbyistes peuvent avoir connaissance de projets de loi en cours ou des projets de règlements et influencer leur rédaction. Cette activité va également s’appliquer sur les parlementaires afin d’avoir connaissances des travaux réalisés en commission, ainsi qu’au niveau des collectivités territoriales, des universités et des ordres professionnels. C’est ce que l’on appelle le lobbying institutionnel.

Vient ensuite le lobbying d’opinion, avec les groupes d’intérêts comme le MEDEF, les associations comme Attac, et les ONG telles que Greenpeace. Leur pouvoir de mobilisation est tel que leur influence doit être prise en considération par les acteurs de la vie politique. En collaborant avec ces groupes d’intérêts, les lobbies peuvent propager des idées. Par exemple, l’association UFC Que Choisir est devenue un véritable lobby anti-OGM qui lutte contre les lobby pro-OGM, bien que ce ne soit pas sa vocation première. Les manifestations et les actes de désobéissances civiles (cas des faucheurs volontaires de colza transgénique) vont faire contrepoids avec la pression des lobbies pro-OGM sur le gouvernement.

Il est important pour les sociétés de lobbying d’intégrer également les think tank. Ces groupes de réflexion très répandus viennent conseiller ceux à qui la prise de décision revient à l’échelle territoriale. Composé d’hommes politiques, d’experts et d’intellectuels, le think tank remet des rapports sur des questions précises, et envisage la politique territoriale à conduire même si « leur influence est à relativiser » disent certains de leurs membres.

Les activités décrites ci-dessus s’inscrivent dans un cadre légal et font partie de la vie démocratique. Cependant, certaines sociétés de lobbying n’hésitent pas à exercer des activités délictuelles. La corruption ou le trafic d’influence peuvent être liés à des activités de lobbying. Les exemple ne manquent pas : contributions financières ou en nature aux campagnes politiques, emplois fictifs, fausses-factures. D’autres méthodes douteuses fleurissent tout autant : mensonges, distorsions des faits, obstruction, méthode d’intimidation, discrédit des opposants, production excessive de documents pour allonger le processus d’analyse.

En bref, les sociétés de lobbying ont pour objectif de convaincre les pouvoirs publics de prendre des décisions allant dans leur sens. Elles s’inscrivent dans un processus démocratique lorsque leurs activités ne violent pas la loi car leur contribution est devenue indispensable pour les pouvoirs publics.

Comment Google a-t-il su tirer profit de son utilisation des sociétés de lobbying ?

D’après cette infographie réalisée par le Wall Street Journal, l’entreprise Google aurait dépensé près de 17 millions de dollars en lobbying sur l’année 2014.

En fait, le FTC (Federal Trade Commission) — organe indépendant qui lutte contre les monopoles déloyaux aux États-Unis — a enquêté sur Google, qu’il suspectait de pratiques anti-concurrentielles. Le Wall Street Journal (WSJ) a dans le même temps constaté que le nombre de réunions formelles entre des employés de la firme et des haut-fonctionnaires de la Maison Blanche a considérablement augmenté, alors que l’affaire allait être déferrée devant les tribunaux par le FTC, fin 2012. Depuis que Barack Obama est président des États-Unis, on ne dénombre par moins de 230 réunions entre les employés de Google et les conseillers de la présidence, soit un rendez-vous par semaine depuis 2008.

Nous pensons qu’il est important d’être entendu et d’aider le législateur à comprendre ce que l’on fait pour Internet, pour réaliser des produits innovants et surtout pour booster la croissance économique — se défendra le porte-parole de Google.

Les agents du FTC ont dans un premier temps conclu que Google avait en effet utilisé des techniques anti-concurrentielles et qu’il fallait engager des poursuites. Entre la date de ce constat (août 2012) et le vote au sein de la commission (janvier 2013), plusieurs entretiens en « haut-lieu » ont vu se réunir des conseillers d’Obama, des haut-représentants du FTC et la direction de Google, selon le WSJ ; qui ajoute que ces réunions n’interviennent habituellement « qu’à de rares occasions » au cours d’une enquête. Avant même que le vote n’ait lieu, le FTC abandonnera la procédure.

Dans les faits, Google aurait employé une centaine de lobbyistes. Ses dépenses en lobbying ont triplé entre le début et la fin de l’enquête du FTC, atteignant 17 millions de dollars sur l’année 2014. Cela se manifeste ici par des dons de campagnes : les employés de Google furent par exemple la deuxième source des fonds de campagnes de Barack Obama en 2012. Megan Smith, ex vice-président de Google est devenu dans le même temps conseiller technologique du président des États-Unis.

Le WSJ affirme que les lobbyistes ont joué un rôle déterminant dans cette affaire dont Google sort grand vainqueur, s’évitant au final un procès long et coûteux que n’avait pu éviter Microsoft dans les années 90.

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